L’histoire avant l’algorithme
Qui décide de la durée d’un film? Le projet ou l’algorithme?
Aujourd’hui, la durée d’une vidéo est souvent dictée par les plateformes. Une minute pour TikTok, un format différent pour Facebook, une vidéo plus longue pour Instagram. On adapte parfois nos projets à ce que l’algorithme semble favoriser: la rapidité, la visibilité, la possibilité de devenir viral.
Mais l’algorithme ne connaît pas nécessairement l’intention d’un projet. Il mesure l’attention, les clics et les réactions. Il ne sait pas toujours ce qu’une histoire doit transmettre, ni ce qu’elle peut représenter pour une communauté.

Une histoire qui dure le temps nécessaire
Il y a presque deux ans, un organisme de Montréal-Nord nommé Impulsion-Travail m’a demandé de réaliser un documentaire pour souligner ses 40 ans. La question était simple: combien de temps le film devait-il durer?
Ma réponse était qu’un projet de reportage doit durer le temps nécessaire pour raconter son histoire. Peut-être 15 minutes, peut-être 30 ou 40. Tout dépend du matériau trouvé pendant la recherche, des témoignages et de la profondeur de l’histoire à raconter.
Si je viens dans ton domaine, je dois te faire confiance.
Cette confiance nous a permis de réaliser un documentaire de 30 minutes, qui retraçait l’histoire de l’organisme, de ses débuts jusqu’à aujourd’hui.
Quand une salle entière s’arrête
Le véritable défi n’était pas de produire un film de 30 minutes. C’était de savoir si le public serait prêt à le regarder pendant une journée de célébration, alors que les personnes présentes avaient aussi envie de se retrouver, de discuter et de revoir des gens qu’elles n’avaient pas vus depuis longtemps.
Puis la projection a commencé. En moins d’une minute, les conversations se sont tues. Les personnes présentes ont commencé à suivre l’histoire. Elles se reconnaissaient dans les témoignages, dans les visages et dans les souvenirs de l’organisme.
À la fin, les gens se sont levés et ont applaudi. Le film n’avait pas été conçu pour satisfaire un algorithme. Il avait été conçu pour transmettre une mémoire, reconnaître un travail et rassembler une communauté.
L’intention avant la viralité
Une vidéo peut être courte et efficace. Elle peut aussi durer 30 minutes et avoir un impact profond. La bonne durée n’est pas celle que l’algorithme impose: c’est celle qui sert le mieux l’intention de communication, le public et l’histoire.
J’écoute encore aujourd’hui des histoires complètes, même si cela ressemble parfois à un privilège. Pour les prochains projets, je garde la même conviction: le projet est le patron. L’algorithme peut être un outil de diffusion, mais il ne doit pas décider de ce que l’histoire doit devenir.




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